Cosaques ! Suite à l’affaire russo/champenoise (lire ici) et la stupéfaction de voir le gouvernement russe piétiner allègrement notre appellation Champagne, hormis maugréer, pleurer… puis s’adapter, il y a-t-il quelque chose à faire ? Pour l’instant, la Commission européenne étudie les mesures possibles en réponse à la nouvelle législation de la Fédération de Russie sur les boissons alcoolisées. Actuellement l’instance européenne analyse le contenu, les conséquences de la loi et si elle viole les obligations de la Fédération de Russie envers l’OMC, ainsi que les mesures qui pourraient être prises. La France analyse également la nouvelle loi russe réglementant l’étiquetage du champagne et entend discuter prochainement de la situation avec la Russie et au niveau de l’UE afin de protéger les intérêts des producteurs français. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères, espère que le dialogue aidera à régler la situation, à l’instar du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandy et du ministre, délégué au Commerce, Frank Riester qui suivent de très près les implications de ce document. Dont acte.
« Des boissons plus simples »
Si l’on se dirige plus à l’Est, selon l’agence de presse gouvernementale russe Tass, voilà ce qui est évoqué à propos de Moet Hennessy , avec qui souvenons-nous l’affaire a démarré (lire ici) : « Moët Hennessy évalue et étudie la nouvelle législation viticole russe, a déclaré mardi la responsable du service de presse de l’entreprise Anne Catherine Grimal, qui indique également la suspension de leurs approvisionnements vers la Russie pour examen de la nouvelle législation et de ses implications pour les producteurs français. Nous sommes en cours de processus d’évaluation et d’examen. Il est difficile d’ajouter autre chose à cela pour le moment a ajouté Anne Catherine Grimal. Sans détailler le calendrier de ce processus et le redémarrage des livraisons vers la Russie ». Soit dit Bloomberg a indiqué ce même mardi que « Moet Hennessy a accepté d’utiliser la désignation de « vin mousseux » (sparkling wine) pour les livraisons en Russie et que les approvisionnements reprendraient bientôt conformément aux modifications apportées à la législation russe ».
Toujours selon l’agence Tass, la part de Moet Hennessy dans les importations russes de vins mousseux est inférieure à 1%, a déclaré mardi le président de l’Union nationale pour la protection des droits des consommateurs, Pavel Shapkin. Taclant le grand groupe de vins et spiritueux français, il précise: « Moet Hennessy importe chaque année un peu plus de 190 000 litres de vins mousseux en Russie, alors que l’importation totale de ces produits était de 46,6 millions de litres en 2020 . La suspension des livraisons de Moet en Russie n’affectera pas la plus grande partie des consommateurs nationaux qui préfèrent des boissons plus simples ».
Comme au Canada
Si l’on se rapproche des importateurs de champagne en Russie, Jean-Emmanuel Afota, CEO de Very Champagne, société représentant plusieurs petites maisons basée à Moscou, voit les choses autrement. Son témoignage est intéressant : « Cette annonce reprise par de nombreux médias, qui, à en juger par la teneur de leurs articles, n’ont certainement pas lu cette loi (il est vrai que 76 pages en cyrillique, ce n’est pas à la portée de tout le monde), et encore moins pris le temps de la comprendre ». Pour ce dernier, il faut déjà comprendre le pays : « Depuis plusieurs années, la Russie entreprend de réglementer plus sévèrement la consommation d’alcool et de mieux informer le consommateur. Personne ne verra de mal à cela, d’autant plus que les effets sont bénéfiques : la consommation baisse, en particulier celle des alcools forts. Celle des alcools pétillants en revanche progresse, de près de 8% par an. L’objectif vise d’une part à mieux informer le consommateur sur ce qu’il boit, mais aussi de favoriser la production locale d’un alcool de meilleure qualité. Et c’est dans ce cadre que cette nouvelle loi apparaît « . D’après l’importateur, « elle simplifie au contraire les catégories sans rien enlever à l’originalité des vins, et de leur provenance : les étiquettes ne changeront pas ». Ce qui changera : « c’est la contre-étiquette posée au verso et en cyrillique qui indique à quelle classe appartient le vin : pour le cas du Champagne, il sera indiqué qu’il appartient à la catégorie des vins effervescents. Aucun problème à cela, c’est le cas aussi dans d’autres pays comme en Canada pour ne prendre en exemple qu’un pays placé sous la même latitude que la Russie ».
Pour Jean-Emmanuel Laforta, « tout ce vacarme médiatique provient du “шампанское”. Je l’exprime volontairement en cyrillique, car c’est ce que les consommateurs russes voient déjà depuis des générations, sur les étiquettes de ce vin mousseux local et très sucré, qui n’a rien à voir avec notre Champagne. Les Russes le savent très bien, la confusion n’est pas possible. Le Champagne et le Shampanskoye sont deux vins très différents, et ce n’est pas la contre-étiquette qui introduira une confusion, bien au contraire ». S’il ne se vend un peu plus de 1,9 million de bouteilles de champagne en Russie contre plus de 150 millions de bouteilles de vins effervescents, il s’agit d’une question de goût, selon Jean-Emmanuel Laforta : « ce n’est certainement pas en raison du Shampanskoye, mais est plutôt une question d’éducation du goût. Mais cela change, la qualité prend peu à peu le pas, les masters classes se multiplient. Dans la communication et les masterclass que je réalise en Russie pour les promouvoir, je n’utilise jamais le mot « shampanskoe » (шампанско) mais celui de «Шампань » (сhampagn) qui existe également. Les deux mots sont en effet la traduction de champagne, mais la distinction en Russe, compte tenu de l’existence de ce vin mousseux local, permet d’éviter toute confusion.C’est sûrement ainsi que le Champagne progressera en Russie. Les nouvelles certifications seront l’affaire de l’été, et nous serons au rendez-vous de nos clients pour la rentrée de septembre, le gros de la saison, à ne pas manquer « . On l’espère !
Petite vidéo du porte parole du Kremlin sur le sujet




